VOYAGE
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DE VESTIGES EN VERTIGES
La Grèce en bleu et blanc

texte et photos Alain Bouchard

Les images qui envahissent illico nos esprits en évoquant la Grèce sont celles du contraste des bleus et des blancs des habitations dans les îles, celles des mini chapelles innombrables qui se perdent à travers ces habitations. Au coucher de soleil — une marque de commerce de beaucoup de villes et villages grecs —, le spectacle est éblouissant.

Quand visiter la Grèce
En juillet et août, tous les guides mentionnent que visiter le pays est infernal. C’est vrai pour beaucoup de pays d’Europe, mais pour la Grèce, à éviter. Même en septembre, les employés de restaurants et d’hôtels n’ont pas le sourire facile et semblent épuisés, surtout à Athènes et dans les îles. Dans le Péloponnèse, l’accueil était bon, sans plus. L’affluence des visiteurs pèse sur les pourvoyeurs de services. J’ai eu souvent l’impression que je dérangeais... En dehors du tourisme, les Grecs sont hospitaliers et courtois, sauf au volant! Hors saison, il est très agréable de faire la Grèce continentale, mais les îles demeurent « éoliennes ». Vous aurez besoin d’un coupe-vent, le soir, même en septembre. Pour la baignade, l’eau de la mer Égée n’atteint pas des températures confortables (je suis probablement frileux), si ce n’est dans les endroits protégés où plombe le soleil. Pas question de se baigner en Grèce de novembre à mars... Par contre, la température est idéale pour escalader les sites où l’âge des vestiges est le même que le nombre de marches à vaincre! Les belles plages ne manquent pas, toutes petites, abritées dans des criques rocailleuses. Dans les îles ou sur le continent, en longeant les côtes, aucun problème pour se rafraîchir, vous n’avez qu’à sortir votre maillot de bain. Le nudisme n’est pas permis sur les plages, sauf sur quelques-unes dans les îles, comme à Mykonos et Santorini. Ouvrez l’œil et vous verrez bien si c’est « permis » ou pas. Une petite faim vous tiraille? Attendez-vous, sur ces plages, à payer votre casse-croûte la peau des fesses!

Vestiges et vertiges
La Grèce regorge de sites archéologiques intéressants. Certains monuments sont mieux conservés que d’autres. Il arrive aussi que l’on reconstitue en copie certains vestiges qu’on retrouve dans plusieurs musées.

À Athènes, il ne faut pas manquer l’Acropole et le Parthénon, de même que le temple d’Héphaïstos (ou Théseion). Depuis plusieurs années, le Parthénon est bardé d’échafaudages disgracieux aux fins de le restaurer. L’ensemble demeure tout à fait impressionnant quand on regarde ce monument en contre-plongée avec le ciel comme fond de décor. À la tombée du jour, le coucher de soleil est sublime à partir du Lycabette, le plus haut sommet en plein centre-ville d’Athènes. On y observera les éclairages de nuit sur l’Acropole et tout le panorama à 360 degrés sur la mégapole blanchâtre.

Parmi les sites à ne pas manquer dans le Péloponnèse (Grèce continentale), celui d’Épidaure, à proximité de Nauplie et dont le théâtre sert encore à des représentations culturelles. Certains touristes sans complexe — dont l’auteur de ce texte! — y risquent quelques notes d’airs d’opéra pour éprouver l’acoustique des lieux. Surprise garantie. J’ai par ailleurs trouvé passionnant de pouvoir observer, en plein travail, les spécialistes qui restaurent et rénovent les monuments.

À Olympie, où ont eu lieu les premiers Jeux olympiques, le stade olympien présente un certain intérêt, de même que quelques temples. C’est surtout le Musée archéologique qu’il ne faut pas manquer, immense et moderne, avec des collections exceptionnelles. À notre passage à Olympie, les feux qui avaient ravagé la Grèce à la fin de l’été venaient tout juste de mourir. La ville — évacuée d’urgence, les feux pouvant atteindre 180 km/h — et le Musée ont été épargnés. Les arbres tout autour du Musée étaient calcinés, les feuilles encore dans les arbres roussies par la chaleur du brasier. Un décor d’horreur digne des films de science-fiction.

Le soir, pour nous rendre à un restaurant à quelques kilomètres d’Olympie, nous avons dû rebrousser chemin à cause des routes bloquées. Même chose au retour, même si nous avions emprunté la route principale... Les phares de la voiture plongeaient de chaque côté de la route sur des arbres dévastés, renversés, noirs de suie. Une expérience qui restera gravée dans nos mémoires.

Delphes est un site qui s’étale à flanc de montagne et en hauteur sur lequel il est encore possible d’admirer des vestiges remarquables, dont un impressionnant stade où se déroulent encore une foule d’activités artistiques et culturelles. Le Musée est ici un incontournable, même pour ceux que les musées ne passionnent pas. Particularité : pour escalader les centaines de marches vertigineuses, il faut avoir du coffre! La vue panoramique que réserve cette escalade aux téméraires à bout de souffle constitue un autre moment fort.

Près de Mykonos, l’île de Délos (30 min en bateau) recèle des trésors anciens de grand intérêt, de même qu’un musée. Avec la mer Égée qu’on aperçoit pendant toute la visite (minimum de deux heures), l’excursion en vaut la peine. Quelques restes de statues présentent des parties — intimes — d’anatomie masculine.

Il y a une foule d’autres sites en Grèce que des férus d’archéologie pourront certainement trouver passionnants.

Finalement, bien qu’il ne s’agisse pas de vestiges, voici quelques mots sur les célèbres Météores (dont le nom signifie suspendu dans les airs) à quelque 450 km au nord d’Athènes. Il faut compter de 5 à 6 heures pour s’y rendre, en auto, selon que vous avez le pied pesant ou non... Les excursions se font à partir de la ville de Kalampaka, avec votre propre voiture ou en joignant un groupe. Il s’agit de six monastères datant de plusieurs siècles et qui sont encore habités par des moines ou des nonnes (mais ne cohabitant jamais ensemble!). Leur originalité réside dans leur situation géographique : comme une cerise sur un sundae. En fait, pire que cela, puisque le piton rocheux qui accueille chaque monastère a la même surface que le monastère lui-même. Un faux pas et... Ne jamais regarder en l’air si vous êtes sujet au vertige. Plusieurs visiteurs tentent la montée par les escaliers — plus d’une centaine de marches — taillés dans la pierre ou ajoutés aux parois, mais se ravisent rapidement et regagnent « la terre ferme ». Ces visites sont devenues d’un touristique un peu incommodant (on fait la file en saison) dont à peu près seuls les moines (minime droit d’entrée à acquitter) et l’industrie hôtelière profitent. Il y a une trentaine d’années, j’avais visité ces lieux dans un calme paradisiaque qui m’avait donné envie de tout revoir. Néanmoins, l’expérience est à couper le souffle (littéralement, bien sûr!). Même les petites routes, qui serpentent autour et dans les montagnes en nous permettant l’accès à chacun des monastères, vous donneront le vertige, sorte de pratique avant les grandes montées monastiques.

Se restaurer/Se loger
Attachez bien votre tuque... ou votre porte-monnaie! Vous ne ferez pas d’économies en Grèce à moins d’en profiter pour vous mettre au régime! Les menus dans les endroits touristiques se répètent à en perdre l’appétit. En suivant les recommandations de certains guides (Routard, Michelin, etc.), vous ferez des découvertes culinaires dans des quartiers moins touristiques. L’addition salée est une surprise que vous renouvellerez à chaque repas, même sobre. Les horiatiki — salades grecques — sont excellentes et constituent, le midi, un repas qui vous soutiendra jusqu’au souper, vers 20 h ou 21 h. Si, de surcroît, vous les arrosez d’une Mythos ou d’une Alpha, deux bières locales, vous serez au paradis. Sur le continent, vous paierez un prix raisonnable, soit entre 7 et 10 $ pour cette délicieuse salade. À Mykonos et Santorini, ou dans d’autres îles, on peut vous demander jusqu’à 12 ou 15 $ pour la même salade. On comprendra que, dans les îles, beaucoup de produits alimentaires doivent être importés du continent, ce qui en augmente le prix. Mais cela ne justifie tout de même pas des prix abusifs qui font grimper l’addition à 20 $ ou plus pour un simple petit déjeuner dans un café-resto tout aussi simple : 2 œufs, un peu de jambon, toasts, sans aucun accompagnement, le tout arrosé de deux cafés insipides. Pour vous donner un ordre d’idée, le même petit déjeuner, avec fruits dans l’assiette et café à volonté, coûte au maximum 15 $ à Montréal, taxes et services inclus. Pourtant, les poules habitent bel et bien Mykonos!

Parlons de souper, ouf! De quoi faire une indigestion avant même d’avoir consommé quoi que ce soit. Tout est à la carte dans les restaurants. Toujours dans les îles, il faut compter de 7 $ à 10 $ minimum pour une petite entrée. Le plat principal : euh..., de 15 $ à 20 $ pour quelque chose de standard (pâte, porc, par exemple). Vous avez un faible pour le poisson? Attendez-vous à le payer au kilo et le moindre poisson fait toujours un peu plus d’un kilo avec la tête et la queue qu’on vous facture, évidemment : 40 $ et plus est la norme! Le vrai poisson n’est pas dans votre assiette! Même chose pour les crevettes qui peuvent vous être facturées à 80 $ ou 90 $ le kilo (têtes, écailles et queues incluses). Le plus souvent, les menus préviennent que les fruits de mer servis ont été congelés au préalable. J’ai payé jusqu’à 12 $ un minuscule tentacule de pieuvre de 10 ou 12 cm... décongelé!

Pourquoi le poisson et les fruits de mer sont-ils aussi chers dans un pays dont le territoire aquatique est plus grand que le territoire terrestre? Il n’y a pas ou peu de plancton dans la mer proche, ce dont se nourrissent ces petites bêtes. La pêche se fait donc au large et est plus difficile. Il y a toujours une explication aux prix exorbitants de beaucoup de produits en Grèce. En revanche, le peu de plancton explique les teintes variées de jade et de bleu de la mer Égée, ce qui vous fera digérer votre repas plus facilement devant un café et une bière (payés 18 $ dans un bar-café de la petite Venise à Mykonos!).

Cela étant dit, même à 40 $ ou 50 $ par personne sans vin (prix semblables aux nôtres pour du vin local), il n’est pas assuré que vous apprécierez votre bombance. La qualité, en région très touristique, n’est pas toujours au rendez-vous même en y mettant le prix. Le mieux est de se rabattre sur les spécialités locales contenant de l’agneau, du porc ou de la volaille. Les serveurs font généralement d’excellentes suggestions à ce registre. Il vous suffit de confirmer le prix du plat — s’il n’est pas annoncé — pour éviter les brûlures d’estomac... Côté hébergement, on arrive à se loger dans des endroits intéressants pour 90 $ en moyenne par nuit, en occupation double. Pour un peu plus de confort (pas nécessairement une grande chambre), comptez 150 $. Même à ce prix, vous n’êtes pas assuré de bien dormir : chiens qui aboient, clic clic de climatisation, toilettes avoisinantes bruyantes, portes qui claquent... la vie d’hôtel quoi! Comme c’est souvent le cas en Europe, les douches — avec leur filet d’eau parcimonieux — s’apparentent plus à des armoires sur les parois desquelles vous vous écorcherez les coudes. En magasinant vos hôtels, vous admirerez de magnifiques hôtels qui offrent à leurs clients des piscines à débordement... à des prix débordants.

Conduite automobile
Pour la location d’une voiture, comparez les prix dans Internet et choisissez une compagnie connue. N’oubliez pas que l’essence se vend de 1,50 $ à 1,75 $ le litre. Un seul plein et on vient de brûler un « bill » de 100 si vous louez une voiture le moindrement au-dessus de la minivoiture. Pour les locations à la journée, dans les îles notamment, vous dégotterez de vieilles guimbardes à 65 $ par jour, essence en sus. Une voiture récente ne coûte d’ailleurs pas plus cher et vous assure une plus grande sécurité.

Il faut rappeler que les automobilistes grecs semblent se déplacer en urgence vitale. On vous collera au cul et les doubles lignes sur la chaussée sont décoratives. Quand les routes sont plus larges, l’habitude est de rouler sur l’accotement asphalté de telle sorte que les dépassements (même quand une auto ou un gros camion circule en sens inverse) sont facilités... mais tout aussi dangereux selon les routes. La courtoisie au volant — ça rappelle quand même Montréal! — ne figure pas parmi les conditions d’obtention d’un permis de conduire. Si vous retardez d’un dixième de seconde à démarrer au feu vert, on vous klaxonnera copieusement. Ne vous étonnez donc pas de voir, le long des routes, de nombreux petits temples miniatures en souvenir d’un proche mort au volant. Comme disent les Français, « ils ont trouvé leur permis dans une poubelle! »

Il y a très peu d’autoroutes, sauf à partir d’Athènes vers quelques villes principales du Péloponnèse. Récentes et bien entretenues, elles permettent de rattraper le temps perdu à serpenter et à vous donner la nausée dans les étroites routes de montagnes (qui sont toutefois bien entretenues, si on considère que les rues de Montréal abritent encore des nids de poules en plein été!). La limite de vitesse à la campagne est de 50 km/heure. Une distance de 150 km vous prendra donc trois heures! Sans rigoler, surtout qu’il y a du flic un peu partout, bien équipé de la fine technologie radar. Les indications sont en grec et en anglais dans les principales agglomérations; ailleurs, ce n’est pas garanti. Elles demeurent lacunaires et parfois déroutantes... quand il y en a (surtout dans les endroits un peu moins touristiques). Les trajets en bateau entre les îles sont souvent annulés et reportés au lendemain ou surlendemain à cause des vents. Il se peut donc que votre itinéraire soit chambardé à cause d’un seul segment de votre voyage. Si vous passez un mois en Grèce, ces contretemps s’épongent plus facilement dans votre horaire. Un séjour de deux semaines risque d’être bouleversé de façon catastrophique à cause d’une simple annulation de traversier, par exemple, entre deux îles. Un jeune couple de Québécois rencontré à l’aéroport de Santorini cherchait désespérément un vol (tous complets par ailleurs) vers Athènes pour prendre un avion le lendemain matin vers Montréal, après avoir été bloqué quelques jours sur une autre île par une annulation de traversier.

La vie gaie
Bien que je n’aie pas exploré beaucoup cet aspect durant le voyage, les renseignements recueillis dans les guides gais et dans Internet ne permettent pas de conclure à une vie très active. À cause de l’omniprésence de la religion orthodoxe, les mentalités tardent à s’ouvrir et les législations sur les droits des gais n’existent pas. Athènes compte une dizaine de bars dans la zone hot de la capitale, autour de la place Omonia. Les pickpockets y sont à l’œuvre et les touristes sont des proies faciles.

Quant à Santorini, la vie gaie est d’une telle discrétion que les seuls gars apparemment gais que nous avons pu y rencontrer étaient, bien sûr, des touristes. Comme à Mykonos d’ailleurs, qui n’est pas, au sens où nous l’entendons chez nous, une île gaie. Une foule de touristes gais s’y trémoussent dans les discos ou arpentent le dédale de ruelles labyrinthiques, mais Mykonos n’est pas gaie, même si on y compte quelques bars... à touristes! À moins d’y aller au moment où les gais athéniens y débarquent pour faire la fête, la probabilité est faible que vous y rencontriez des autochtones.

Par contre, sur les plages, le beau monde gai ne manque pas. Fidèles à leurs habitudes, ils s’entassent aux extrémités des plages, le plus souvent pour y faire un peu de nudisme. J’ai eu l’occasion d’améliorer mon acuité visuelle en me rinçant l’œil « sur » de bien beaux touristes en tenue très aérée.

Pour être au fait de l’évolution de la vie gaie en Grèce, recherchez dans Internet les sites locaux et internationaux qui vous donneront l’heure juste au moment de votre voyage.

Quelques suggestions
Si les surprises et les imprévus vous angoissent, vous pouvez toujours opter pour un voyage organisé. Le rapport qualité/prix est souvent plus intéressant à comparer à un voyage individuel. Bien sûr, vous n’avez pas la même liberté de papillonner un peu comme bon vous semble à chaque étape de votre voyage. Vous avez aussi à endurer certains autres participants qui, après quelques jours, vous tomberont royalement sur les nerfs. Sans compter les départs matinaux à cinq ou six heures et les longues heures de route en car.

Les cartes de crédit ne sont pas acceptées partout, même dans les endroits touristiques. Et surtout pas Amex! Il arrive souvent que vous ayez à payer comptant l’addition au restaurant. Il faut donc retirer régulièrement de l’argent dans les guichets automatiques.

Impressions globales
Dans l’ensemble, la Grèce est un pays exceptionnel sur les plans architectural, historique et culturel. Sans conteste et sans compter le charme envoûtant et le pittoresque des petits villages îliens. Le soleil, la mer et les plages complètent merveilleusement bien l’intérêt culturel que représente ce pays. Comme cela semble se généraliser sur la planète, le tourisme affluant en grand nombre pervertit le charme de beaucoup de destinations. Qui dit tourisme dit aussi pollution visuelle et pollution des mœurs locales.

Il est intéressant de constater que de nombreux pays (d’Afrique, notamment) proposent maintenant du tourisme écologique où le seul souci du profit cède le pas à la protection de la nature et des habitudes locales. La Grèce ne donne encore aucun signe qu’elle est disposée à prendre ce virage auquel la planète devra pourtant se résigner tôt ou tard... au détriment du tiroir-caisse.


RG 2 Numéro 3041 Janvier 2008